Les dernières statistiques de l'emploi au Québec ont été tellement mauvaises que certains n'hésitent pas à évoquer la possibilité d'un aléa purement statistique appelé à se corriger au fur et à mesure que de nouvelles données seront publiées par Statistique Canada.
Les aléas statistiques, voire même les problèmes d'échantillonnage, sont toujours possibles mais je ne parierais pas là-dessus pour récupérer tout le terrain perdu sur le front de l'emploi au Québec en 2011.
Il y a des raisons objectives pour lesquelles le marché de l'emploi se détériore au Québec. Les ventes au détail ont été beaucoup moins vigoureuses en 2011 qu'en 2010 et le seront sans doute encore moins en 2012, en raison de la hausse des taxes indirectes et de la faible croissance du revenu disponible. Les mises en chantier ont aussi reculé en 2011, indiquant sans doute le début de l'atterrissage longuement anticipé du marché immobilier. Et puis, le gouvernement du Québec commencera à relâcher la pression sur l'accélérateur de ses dépenses d'infrastructure.
Ces raisons sont toutes importantes mais il y en a une autre dont on parle malheureusement trop peu et qui pourtant arrive en tête de liste des raisons qui poussent nombre d'entreprise à investir (et donc à créer des emplois) ailleurs qu'au Québec. Il est devenu beaucoup plus onéreux d'embaucher un travailleur québécois qu'un travailleur américain.
Source des données: The Economist Intelligence Unit et Statistique Canada
Depuis 2002, les coûts unitaires du travail au Québec, lesquels tiennent compte du salaire et des taxes sur la masse salariale en même temps que de la productivité de la main d'oeuvre, n'ont pratiquement cessé d'augmenter plus rapidement au Québec qu'aux États-Unis. Bien sûr, l'augmentation de la valeur du dollar canadien y est pour beaucoup mais justement, nous sommes restés les bras croisés devant cette augmentation comme si elle n'allait avoir aucun impact sur l'emploi.
En bien, elle en a! Par rapport au coût unitaire de la main d'oeuvre américaine, le coût unitaire de la main d'oeuvre québécoise a bondi de près de 30% depuis 1997, une année au cours de laquelle la compétitivité des exportations manufacturières québécoises ne faisait aucun doute même si le dollar canadien n'avait toujours pas atteint son plancher historique. 30% de plus! Pourquoi une entreprise devrait-elle maintenant embaucher un travailleur québécois lorsqu'un travailleur américain est en mesure de faire le même travail à un coût beaucoup moindre? Dans le contexte nord-américain qui est celui du Québec, récupérer ce 30% de perte de compétitivité relative depuis 1997 devrait constituer l'un des objectifs explicites de nos politiques économiques.
Il fait peu de doutes dans mon esprit que 2012 sera une année électorale. Nous entendrons beaucoup parler d'investissements publics: du Plan Nord dans le cas du PLQ, de la nationalisation des entreprises oeuvrant dans le secteur des ressources naturelles dans le cas du PQ à la sauce «Maitres chez Nous 21è siècle» du nouveau candidat de «prestige», Daniel Breton, et des investissements de la Caisse de dépôt et placement dans l'économie québécoise dans le cas de la CAQ.
Il serait pourtant bien plus important que les partis nous parlent de leur stratégie pour créer un climat favorable aux investissements privés, ces investissements qui permettront de diminuer le coût unitaire de la main d'oeuvre en haussant la productivité générale de notre économie. Il serait important qu'ils nous parlent de ces taxes sur la masse salariale qui augmentent de 15% le coût de l'embauche d'un travailleur québécois. Il serait important qu'ils nous parlent des dépenses publiques qui, en raison de leur hausse constante, appellent toujours plus de taxes, y compris celles qui renchérissent directement le coût de notre main d'oeuvre.
Le chiffre est exigent mais pourtant simple à retenir: 30% de réduction nécessaire de nos coûts unitaires de main d'oeuvre. À ceux et celles qui se présenteront aux urnes en 2012, ma question est donc très simple: Quel est votre plan pour y parvenir?

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